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Jugeons Jerry Tardieu à l'aune de ses actes
« Je suis candidat parce que je dispose de l'expérience, des compétences et d'une équipe solide et fiable. » Jerry Tardieu a écrit cette phrase mercredi 21 octobre, le jour où il est devenu le 17e candidat inscrit à la présidence. Dans le même communiqué, il demande à être jugé « à l'aune de ses actions ». Prenons-le au mot.
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Par La rédaction de NAGO
5 min de lecture

Quelle expérience ? Jerry Tardieu n'a jamais gouverné. Il n'a dirigé ni ministère, ni administration, ni budget public. Son seul mandat est celui de député de Pétion-Ville, de 2016 à 2020. Il l'avait remporté sous la bannière de Vérité, avec le meilleur score du pays, comme il aime le rappeler.
Ces quatre années, c'est lui qui les raconte le mieux. En juin 2020, il présentait au Nouvelliste son livre Dans l'enfer du Parlement. Il y retrace, dit-il, « le sort réservé à mes nombreuses propositions de loi qui ont été systématiquement torpillées ». Sa proposition de loi sur le crédit-bail dormait dans les tiroirs de la Chambre dès 2017 ; une loi sur le crédit-bail n'a vu le jour qu'en mai 2020, par décret du gouvernement, après la fin de son mandat, et il affirme que c'était son texte. Sa proposition sur la nationalité n'avait reçu, selon Le Nouvelliste, « aucune suite ». Il a voulu présider la Chambre et s'est heurté à la majorité pro-PHTK.
On peut plaider l'excuse : un député sans majorité ne fait pas voter ses textes. C'est vrai, et c'est précisément le problème. Un président sans majorité, sans police suffisante et sans budget fera face aux mêmes murs, en plus haut. Celui qui n'a pas su convaincre ses collègues de la Chambre doit nous dire comment il convaincra un Parlement, une police, des bailleurs et des gangs.
Il y a plus parlant encore. À la Chambre, Jerry Tardieu a présidé la commission spéciale chargée d'amender la Constitution de 1987. Ce fut, selon ses propres mots, « l'une des plus importantes responsabilités » de la législature. La Constitution n'a pas été amendée. Sa plus grande mission s'est achevée comme presque toutes ses propositions de loi : sans résultat.
Son programme de 2026 repose sur la même méthode. Il promet de mettre fin à l'insécurité en cinq ans, de renforcer la PNH et les FAd'H, de créer une garde nationale de jeunes et de faciliter le crédit dans chaque département. Le diagnostic est juste : plus de 100 000 jeunes sortent chaque année des universités et des centres de formation, et moins d'un sur dix trouve du travail. Mais le communiqué ne dit ni combien coûtera ce plan, ni qui le paiera, ni comment il sera conduit. Juno7 l'a relevé.
La garde nationale de jeunes demande plus qu'une phrase. Les gangs recrutent précisément cette jeunesse sans emploi. Armer des jeunes sans dire qui les forme, qui les paie et qui les commande serait un pari dangereux.
Reste l'entrepreneur, que le candidat met en avant. Son grand projet, l'hôtel Royal Oasis de Pétion-Ville, a été relancé après le séisme grâce, entre autres, à 7,5 millions de dollars de la Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale, et à 2 millions de dollars du Fonds Clinton-Bush. Ce fonds avait été créé pour la reconstruction, alors que des centaines de milliers de sinistrés dormaient encore sous les tentes, et ce placement a été critiqué à l'époque. Jerry Tardieu s'en est expliqué en février 2013, dans une lettre ouverte publiée par Le Nouvelliste : selon lui, il s'agissait d'un placement temporaire, racheté en 2012, et le fonds a reversé ces 2 millions à la Faculté des sciences, ce que CaribJournal a confirmé. Rien n'indique une irrégularité. Mais cette lettre, qui présente l'hôtel comme financé à 100 % par des fonds haïtiens privés, ne dit rien des 7,5 millions de la Société financière internationale. Un candidat qui fait du crédit sa promesse centrale gagnerait à compléter ce récit.
Soyons justes. Nous n'avons trouvé contre Jerry Tardieu ni accusation de lien avec les gangs, ni poursuite pour détournement, ce qui n'est pas rien dans cette campagne. Il a dénoncé avec courage, dans son « J'accuse ! » de 2019, la gestion du président Jovenel Moïse. Il a aussi siégé à la commission qui a préparé les lois sur l'UCREF et le blanchiment des capitaux, deux textes votés. Il sait diagnostiquer, écrire et dénoncer.
Mais Haïti n'a pas besoin d'un procureur de plus, ni d'un essayiste de plus. Après cinq ans de transition, le pays a besoin de quelqu'un qui sait faire aboutir ce qu'il entreprend. Avant le premier tour, Jerry Tardieu doit publier un programme chiffré, le bilan détaillé de ses propositions de loi et le montage financier complet de l'Oasis. Les électeurs, ici comme dans la diaspora, doivent l'exiger de lui comme de tous les autres.
Jerry Tardieu veut être jugé à l'aune de ses actions. Les Haïtiens ont lu ses livres. Ils attendent encore ses actes.
Rectificatif (23 octobre 2026) : une version précédente de cet éditorial affirmait que Jerry Tardieu n'avait pas expliqué le placement du Fonds Clinton-Bush dans l'Oasis ; il l'a fait en février 2013. Elle présentait aussi ses propositions de loi comme toutes restées sans suite, alors qu'une loi sur le crédit-bail, qu'il dit être la sienne, a été publiée par décret en mai 2020. Le texte a été corrigé.
Reporting by Le Nouvelliste (21 octobre 2026)
Le Nouvelliste, « Quatre années dans l'enfer du Parlement » (9 juin 2020)
Le Nouvelliste, « Les combats de Jerry Tardieu » (5 octobre 2017)
Le Nouvelliste, « J'accuse ! » (3 juin 2019)
HaitiLibre, Fonds Clinton-Bush (2011)
Le Nouvelliste, lettre ouverte de Jerry Tardieu au sénateur Steven Benoît (22 février 2013)
CaribJournal, le Fonds Clinton-Bush cède ses parts de l'Oasis (1er janvier 2013)
Le Nouvelliste, le Fonds Clinton-Bush investit 2 millions dans l'hôtel Oasis (10 mai 2011)
Le Nouvelliste, crédit-bail publié par décret (21 mai 2020)
Illustration NAGO d'après une photo de Damourfito, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

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